Gourous, SNU et TikTok... C'était il y a un an !

Gourous, SNU et TikTok... C'était il y a un an !

Bonjour à toutes et à tous,

Cette semaine, on se rend compte que l'actualité peut faire des ricochets. Nos deux sujets centraux de l'édition, la lutte contre les dérives sectaires et le Service national universel (SNU), en sont des symboles. L'un aboutit à une nouvelle loi - encore controversée - tandis que l'autre est un serpent de mer qui date de 2019 et qui tarde à se matérialiser. Quoi qu'il en soit, cela renforce notre conviction que les médias jouent un rôle essentiel de décryptage et qu'il est plus que jamais nécessaire de freiner un peu le rythme de l'information pour mieux saisir les enjeux.

Photo de Timothée Vinchon
Timothée Vinchon, co-fondateur de Rembobine et rédacteur de cette édition
hello@rembobine.info

🙋
C'est quoi Rembobine ?
Toutes les deux semaines, on revient sur les Unes de l'actualité d'il y a un an. On rappelle la déclaration qui a enflammé les plateaux télé, le marronnier que l'on voit trop souvent, et aussi ces sujet-surprises que l'on n'attendait pas. On se questionne sur nos obsessions du moment et comment elles ont évolué depuis.

La semaine suivante, Rembobine mesure l'impact d'une enquête sur la société. L'objectif : comprendre pourquoi elle a émergé, se questionner sur ce qu'il s'est passé depuis, et pourquoi pas la remettre au cœur du débat. Pour en savoir plus, rendez-vous sur notre site !

🤯 Vu et revu : ce qui était à la Une l'année dernière

À tort ou à raison, on en parlait énormément. Vous en rappelez-vous ?

🛑 Stop — Face à une réforme visant à annuler la possibilité pour la justice israélienne de se prononcer sur le « caractère raisonnable » des décisions du gouvernement, des centaines de milliers d'Israélien·nes sortent dans les rues. Les manifestations contre Netanyahou se sont poursuivis tout au long de l’année 2023. Si elles se sont d'abord calmées après le 7 octobre, elles reprennent depuis janvier.

✊ Inconditionnel —Emmanuel Macron prend l'engagement le 8 mars 2023 de faire inscrire dans la Constitution française la liberté des femmes à recourir à l'IVG. Si l'on s'en approche, le Sénat, qui penche à droite, tente encore d'amender le texte comme il le peut.

Repris de volée — L’ancien patron du foot français est poussé vers la sortie, après une série de révélations sur ses comportements pendant ses 11 ans à la tête de la Fédération. Comme l'a révélé L'Equipe, il a récemment été entendu par les enquêteurs et a contre-attaqué en visant la ministre des Sports Amélie Oudéa-Castera.

Pour information, nous avons fait le choix de mettre de côté la réforme des retraites par souci de visibilité des autres sujets et parce que nous en avons déjà parlé dans nos éditions précédentes.

🌟 Le choix de la rédaction : Que faire face aux gourous 2.0 ?

Le sujet qu'il fallait suivre

Les 9 et 10 mars 2023, les premières Assises de la lutte contre les dérives sectaires se tenaient, avec l'ambition de « construire un plan d’action pluriannuel permettant d’adapter l’action de l’État ainsi que son arsenal juridique sur les dix prochaines années ». Elles réunissaient des acteurs étatiques et les associations impliquées sur ce sujet et sur celui de l’accompagnement des victimes. Un an plus tard, le projet de loi sur les dérives sectaires a été voté à l'Assemblée nationale. Mais l'un des articles a provoqué des débats houleux dans l'hémicycle : celui sur la création d'un délit de "provocation à l'abandon de soins", d'abord rejeté par les députés, puis modifié et voté.

🧰 Vous souhaitez approfondir le sujet ? Découvrir des ressources pour rester informer ?

Rendez-vous sur le site de Rembobine pour accéder à notre article dédié à cette question de la lutte contre les dérives sectaires en France.

Loi sur les dérives sectaires : agir face aux gourous 2.0
Les 9 et 10 mars 2023, les premières Assises de la lutte contre les dérives sectaires se tenaient. Que s’est-il passé depuis ?

🤌 Le moulin à paroles

Une déclaration qui a pris beaucoup de place dans l'espace médiatique

⏮️
À la toute fin de février, la secrétaire d’État chargée du SNU d'alors, Sarah El Haïry, confirme que la généralisation du dispositif, avec une obligation en temps scolaire pour tous les jeunes en classe de seconde et en première CAP, fait partie des options sur lesquelles elle travaille et qu’elle a sa préférence.

Et après ⏩

Le SNU sera-t-il un jour généralisé ? L'actuel Premier ministre Gabriel Attal, alors secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, annonçait déjà que ce serait le cas en 2024... en février 2020.

Sarah El Haïry confirmera ses propos en juin, en annonçant dans Le Figaro, que le SNU pourra se tenir sur deux semaines en classe de seconde pendant le temps scolaire. Avec la création d’un label « classe et lycée engagé », qui permet d’inscrire le SNU sur temps scolaire, et un projet de décret proposant aux élèves de seconde de ne pas faire leur stage obligatoire de fin d’année s’ils réalisent les douze jours de cohésion, cette ambition se matérialise doucement. Lors de son discours de politique générale, Gabriel Attal l'a promis pour...2026.

Et ce, malgré des rapports de parlementaires ou de sénateur·rices qui mettent en doute le dispositif, pointant notamment le coût que supposerait une généralisation : au moins 1,75 milliard d’euros, et plus vraisemblablement entre 2,4 et 3,1 milliards d’euros par an selon une estimation réalisée en 2018 par les inspections générales. Dans un autre rapport parlementaire, le député écologiste Jean-Claude Raux s'oppose lui-aussi à la généralisation du dispositif. En plus du coût financier, il juge que le "bâti disponible risque d'être insuffisant", tout comme le nombre d'encadrant·es et dénonce aussi le "paradoxe d'un engagement obligatoire".

Pour suivre l'actualité du SNU, n'hésitez pas à suivre le média Politis. Leur journaliste Hugo Boursier suit avec attention le dossier et a enquêté sur plusieurs ratés des expérimentations en cours. Rendez-vous l'année prochaine ?

Le SNU, un caprice présidentiel à marche forcée
Un journal pour défricher les idées, nourrir les combats

🦶 Les pas de côté : ces actus que l'on n'attendait pas

Pour finir sur une note plus originale, on vous propose de découvrir quelques Unes qui nous ont surpris. Nos médias ont de l'imagination !

🤳 Toc-toc — À la Une de Libération, l’application chinoise Tiktok est soupçonnée d’être spécialisée dans l’espionnage à très grande échelle, à tel point que la Commission européenne a demandé à ses employé·es de la supprimer de leurs téléphones. Un an après, l'application, toujours aussi populaire, est au cœur d’une enquête européenne en matière de protection des mineurs.

🍾 Tchin-tchin Un agriculteur picard se lance dans la viticulture dans le Vimeu pour diversifier son exploitation. C'est en observant le changement climatique qu'il a décidé de planter quelques 5000 pieds. Il espère une première récolte en 2025.

💸 Bling bling — Alors qu'on demande aux citoyen·nes de se serrer la ceinture et de rogner sur leurs retraites, Le Monde met en Une "l'insolente santé des entreprises du CAC 40". 38 des 40 sociétés de l'indice phare de la Bourse de Paris ont réalisé un bénéfice net cumulé de 152 milliards d’euros en 2022, un chiffre sans précédent qui se traduit aussi par de très généreux dividendes. Et ce fut encore mieux (ou pire) cette année.

🙏
Vous êtes 1314 abonné·es à Rembobine ! Merci de votre fidélité et bienvenue aux nouveaux et nouvelles !
Rembobine est un jeune projet indépendant. Il ne vit que grâce à vos partages et vos retours. Né d'ateliers d'éducation aux médias où l'on disait « les journalistes en font des caisses sur un sujet, et la semaine d'après, on en parle plus », il tente de montrer que le journalisme peut avoir de l'impact sur la société.

C'est tout pour cette semaine. N'hésitez pas à partager ce mail à vos ami·es, vous êtes les meilleur·es ambassadeur·rices ! La semaine prochaine, vous retrouverez le retour sur l'impact d'un travail d'enquête aussi incroyable qu'original du collectif Youpress. Ce sera également la première de notre nouvelle rédactrice, Bessma Sikouk. Nous lui souhaitons la bienvenue et nous avons hâte que vous lisiez son travail !

Timothée Vinchon

Timothée Vinchon

Rédacteur et cofondateur de Rembobine - Journaliste indépendant - Formateur en éducation populaire aux médias
Marseille